Nommé ministre voila quelques semaines, le vosgien Michel Fournier conserve sa ligne de défense de ruralités créatives par nécessité. Mettons enfin en place des politiques efficaces plaide-t- il.
Votre nomination peut-elle être vue comme une prise en compte des enjeux propres à la ruralité ?
Dans un sens oui, car on est venu me chercher pour ce que je représente et ce que j’incarne : la ruralité, bien sûr, mais aussi l’innovation, que l’on rencontre en permanence dans nos communes rurales.
Je le dis souvent : nos territoires sont des lieux où l’on déploie des trésors d’imagination et dans les communes rurales vous trouverez de nombreux exemples de projets audacieux et novateurs. Ne soyons pas naïfs, les ruraux n’innovent pas parce qu’ils ont un esprit plus créatif que les autres. Les ruraux innovent parce qu’ils doivent inventer des solutions à des problèmes qui n’existent pas ailleurs.
Ma nomination est donc la reconnaissance de ce regard que je porte sur la ruralité, celui qui postule que les solutions sont déjà présentes sur les territoires. En tant que ministre, mon cap est tout tracé : c’est de m’assurer que l’État continue de déployer des solutions concrètes qui partent des initiatives des ruraux eux-mêmes. Ce n’est que comme ça qu’on aura des politiques efficaces en faveur des habitants des ruralités.
Vous parlez souvent « des ruralités », au pluriel. Auriez-vous préféré être nommé ministre « des Ruralités » plutôt que de la Ruralité ?
Avec le recul, oui. Parce que les réalités ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre, et les difficultés non plus. Du point de vue de l’État, on se tromperait si on essayait d’avoir un seul modèle, une seule réponse.
Au niveau du Gouvernement, nous devons donc assumer cette diversité. Ce n’est pas simple, mais nous avons déjà commencé avec des programmes comme Petites villes de demain ou Villages d’avenir, que j’ai fortement porté par le passé et qui ont fait leurs preuves.
Même exemple avec les maisons France services qui offrent des services équivalents d’un territoire à l’autre, avec les mêmes temps d’ouverture, mais en partenariat avec le territoire ; ou encore avec le label France santé qui vient identifier les structures qui offrent le service de santé avec les mêmes critères pour tous les administrés, mais des réponses adaptées pour chacun, à un certain degré d’exigence dans tous les bassins de vie.
Je souhaite aller plus loin dans cette logique en installant un « réflexe ruralité » dans tout le gouvernement. Je veux que chaque ministère se pose systématiquement deux questions : ce qu’il peut faire pour les territoires ruraux, et l’impact de ses décisions sur eux. Pour cela, je souhaite travailler avec mes collègues du gouvernement à la mise en place d’un référent ruralité dans chaque ministère.
Vous avez fait de la lutte contre les déserts médicaux un engagement fort. Qu’est-ce que l’État fait pour y apporter des réponses ?
La santé est la première source d’insécurité en ruralité.
Aujourd’hui, se soigner en ruralité reste un parcours du combattant : trouver un médecin traitant, attendre des mois pour un spécialiste, faire des kilomètres.
L’État n’est pas resté sans rien faire sur la question. Le numérus clausus – qui fixait un nombre de places pour l’admission en médecine – a été supprimé en 2020. En avril 2025, un pacte de lutte contre les déserts médicaux a été mis en place pour permettre un égal accès de tous aux soins.
Ce sont des mesures de long terme, et dans l’attente qu’elles aient un effet, le Premier ministre a annoncé le déploiement du label France Santé, inspiré des maisons France services. L’objectif est de rendre visible et de soutenir une offre de soins de proximité à moins de 30 minutes, avec un socle clair : un professionnel médical sans dépassement d’honoraires, une structure ouverte au moins 5 jours par semaine, et la capacité de proposer un rendez-vous dans les 48 heures.
Avez-vous d’autre dossiers prioritaires pour les prochains mois ?
Je souhaite notamment travailler à changer le regard qu’on porte sur la ruralité. Nos territoires ruraux ne sont pas que des territoires fragiles : on parle de 88% des communes au sein desquelles vit un Français sur trois. Ce sont dans nos communes rurales qu’on trouve des ressources essentielles : l’eau, les forêts, l’alimentation, les énergies renouvelables. J’aimerais que ces ressources soient mieux reconnues.
Je veux également faire avancer des sujets du quotidien comme la mobilité. En ruralité, la voiture n’est pas un gros mot. C’est une solution pour les déplacements quotidiens, parfois la seule. Il nous faut accepter que nous n’aurons pas, dans nos territoires ruraux, des transports en commun qui s’arrêteront dans toutes les communes de façon régulière. Je veux donc réfléchir à mettre en place des solutions non punitives mais plutôt incitatives pour favoriser l’électrique à la campagne, afin de rouler un peu plus vert.
Pour trouver des solutions sur ces aspects comme sur tous les autres, je sais pouvoir compter sur les initiatives et les solutions qui viendront des habitants des ruralités eux-mêmes. Et bien que les moyens de l’État ne soient plus ce qu’ils avaient pu être par le passé, nous continuerons d’accompagner les projets innovants qui proposent des solutions sur tous nos territoires.
Propos recueillis par Jean-Yves VIF

