Enquête : les associations font vivre les ruralités

Publié à la fin de l’année dernière, le traditionnel sondage commandé à l’IFOP par notre membre « Familles rurales », sur le thème « Perception et réalité de vie », confirme une dégradation de l’image des ruralités par les ruraux eux-mêmes.

Guylaine Brohan, présidente de Familles rurales, commente les enseignements du sondage et se projette, en particulier à partir du volet consacré à la politique, à quelques semaines des élections municipales.

La confiance dans le maire, les élus municipaux et la commune apparaît évidente, alors que, parmi les attentes prioritaires, figurent en premier l’offre de santé, puis la sécurité, assez loin devant les autres thèmes : propreté et entretien de la commune, ou encore éducation et formation.

Face au sentiment d’abandon, les associations font vivre les ruralités

Sept ans après la première édition de notre enquête « Territoires ruraux : perceptions et réalités de vie », réalisée avec l’IFOP, les zones rurales demeurent au cœur des fractures françaises. Alors que l’image négative et parfois caricaturale d’une ruralité en déclin avait laissé place à celle de territoires attractifs et dynamiques, le sentiment d’abandon croît à nouveau, dans un contexte national marqué par l’instabilité et le pessimisme.

Les campagnes françaises restent des lieux de vie attractifs par leur qualité de vie, porteurs de lien social et d’un art de vivre auquel nos concitoyens restent profondément attachés. Mais derrière cette image positive se cache une inquiétude persistante, qui s’exprime avec plus de force que jamais : celle d’une ruralité qui se sent délaissée, fragilisée par la fermeture des services publics, la pénurie de médecins, les difficultés de mobilité et la hausse du coût de la vie. En 2025, 59 % des ruraux estiment que leur territoire est « abandonné » et 48 % qu’il est « en déclin », soit une hausse de 13 points par rapport à 2023. Ces chiffres dépassent même ceux de 2018, à la veille de la crise des Gilets jaunes. Les habitants expriment le sentiment d’un recul silencieux, celui d’une égalité républicaine qui s’effrite, d’un État qui s’éloigne.

Dans un contexte politique et social tendu, où la question du pouvoir d’achat domine l’actualité, ce sentiment d’abandon résonne avec une intensité particulière. Il rappelle la période d’avant les Gilets jaunes, quand la colère naissait d’une même impression d’injustice et d’invisibilité. Nous savons ce que coûte l’oubli des territoires : la défiance, la résignation, parfois la révolte.

Pourtant, la ruralité reste une chance pour l’avenir de notre pays et regorge d’atouts. Les habitants, malgré les difficultés, témoignent toujours d’un fort attachement à leur territoire : 88 % des ruraux se disent satisfaits de vivre dans leur commune et s’engagent activement dans la vie locale.

À la veille des élections municipales de 2026, il est impératif que ces réalités soient pleinement prises en compte dans les politiques publiques, nationales comme locales. Ce baromètre rappelle avec force l’urgence d’agir : l’action publique doit renouer avec le terrain, redonner des moyens aux communes, soutenir les services essentiels, santé, éducation, mobilité, accompagnement des familles, et appuyer les acteurs associatifs qui maintiennent la vie dans nos villages.

Car la ruralité résiste et innove. Partout, des associations, des élus, des citoyens inventent des solutions concrètes pour vivre et agir ensemble. Le réseau Familles Rurales, avec ses milliers de bénévoles et de salariés, en est chaque jour le témoin : par ses services aux familles, son engagement pour le lien social, son rôle d’accompagnement des transitions. Les territoires peuvent être moteurs de progrès collectif dès lors qu’on leur en donne les moyens.

Alors que le budget 2026 fait planer la menace de coupes budgétaires drastiques, les associations pourraient être durement touchées, ce qui est malheureusement déjà le cas. Ce serait une erreur majeure : la disparition des actions, animations et services de proximité qu’elles assurent aurait des conséquences désastreuses pour les habitants.

Ce baromètre 2025 est à la fois un signal d’alerte et un appel à l’action. Il rappelle que la cohésion du pays dépend de notre capacité à tenir la promesse d’égalité entre tous les territoires. Réinvestir la ruralité, ce n’est pas réparer une injustice passée : c’est préparer l’avenir.

Guylaine BROHAN
Présidente nationale de Familles Rurales

Retrouvez l’enquête complète ci-dessous :

Autres actus
Actualité

Propositions pour la France rurale

Le groupe Monde rural, présidé par Stéphane Aurousseau, membre du conseil d’administration du P.R.F., a collaboré avec plusieurs structures et acteurs des territoires afin de

Lire la suite »

Contactez-nous !