Femmes en ruralités : trop invisibles et pourtant essentielles

La place des femmes en milieu rural, bien qu’ayant gagné en reconnaissance, demeure encore trop souvent entravée par des obstacles structurels et culturels qui freinent leur épanouissement. Ce constat, largement partagé, a été confirmé lors du colloque « Femmes en ruralités » organisé par l’Institut des hautes études des mondes ruraux (IHMRu), à l’invitation de Michel Fournier, ministre délégué à la Ruralité.

En ouverture du colloque, Patrice Joly, président du comité scientifique de l’IHMRu, a rappelé les enjeux essentiels :
« Même si les femmes sont invisibles dans la prise de décision, elles créent de l’humanité dans les territoires. »

Les intervenants des deux tables rondes ont formulé des propositions concrètes pour améliorer la situation des femmes en ruralité. Celles-ci « subissent les inégalités entre les femmes et les hommes », comme l’a souligné la sénatrice Marie-Pierre Monier. Dans son rapport Femmes et ruralité, elle préconise d’en finir avec les « zones blanches », notamment par la création de davantage de postes d’intervenantes sociales en gendarmerie, l’augmentation des places d’hébergement adaptées aux femmes victimes de violences, la nomination d’élus référents sur la thématique des violences faites aux femmes dans chaque équipe municipale, l’intégration de l’apprentissage du permis de conduire dans le parcours scolaire, ainsi qu’un meilleur accompagnement vers l’emploi et l’entrepreneuriat.

Salomé Berlioux, fondatrice de Rura, a pour sa part rejeté toute approche misérabiliste et proposé d’évaluer systématiquement l’impact des politiques publiques sur les femmes rurales célibataires avec enfants avant leur mise en œuvre. Guylaine Brohan, présidente de Familles Rurales, a insisté sur la nécessité de revoir le statut des bénévoles afin d’encourager davantage de femmes à s’investir dans les associations, celles-ci constituant souvent un tremplin vers l’engagement politique.

La sociologue Sophie Orange a analysé la faiblesse de la représentation féminine dans la vie politique par rapport à celle observée dans la vie associative. Elle suggère notamment la mise en place d’un « budget genré » pour mieux identifier les bénéficiaires réels des politiques publiques. Au-delà de la reconnaissance indispensable des contributions féminines en milieu rural, le politologue Martial Foucault a évoqué la difficulté de concilier vie professionnelle, engagement politique et responsabilités familiales. Il ne s’agit pas, selon lui, d’une « crise de vocation », mais d’un besoin accru d’accompagnement, notamment de la part des entreprises.

Reine Lepinay, présidente de l’association Elles aussi, a défendu l’engagement politique des femmes à tous les niveaux comme un levier essentiel de vitalité démocratique locale. Elle a plaidé pour une évolution du statut des élus, la déconstruction du « syndrome de l’imposteur » ressenti par de nombreuses femmes face au sexisme persistant, ainsi que pour une meilleure prise en compte et valorisation de la parole féminine dans les médias.

Dominique Faure, présidente de l’IHMRu, ancienne ministre des Collectivités territoriales et de la Ruralité et maire d’une commune rurale, a conclu en appelant à la construction d’une feuille de route ambitieuse, fondée sur des actions concrètes et mesurables, afin de nourrir la réflexion collective et d’agir efficacement, entre avancées réelles et défis à relever.

Une feuille de route structurée autour de sept axes

  1. Susciter l’engagement des femmes en ruralité, en valorisant la vie associative comme véritable école de l’engagement et étape vers la vie municipale.
  2. Renforcer l’accompagnement à l’entrepreneuriat féminin en milieu rural par le développement de réseaux de soutien dédiés.
  3. Continuer de promouvoir une meilleure répartition des tâches familiales et domestiques, en sensibilisant les hommes sans clivage.
  4. Encourager la parité dans les instances décisionnelles, par un travail législatif à l’Assemblée nationale et au Sénat en faveur de quotas et de formations adaptés.
  5. Sensibiliser et éduquer pour faire évoluer les mentalités, en développant une culture de l’égalité dès le plus jeune âge et en mettant en valeur des figures féminines inspirantes dans les villages.
  6. Soutenir l’accessibilité aux services numériques et à la connectivité, par l’accès aux outils, à la formation et aux réseaux en ligne, indispensables à l’épanouissement professionnel.
  7. Valoriser et accompagner les femmes porteuses de projets innovants, en mettant en lumière leurs initiatives et en leur donnant les moyens de se développer à l’échelle régionale et nationale.

Cette feuille de route ne constitue pas une simple liste d’intentions, mais un appel clair à l’engagement collectif des pouvoirs publics, des acteurs économiques, des associations et des citoyens. Un engagement qui s’inscrit pleinement dans la mission de l’IHMRu, comme l’a rappelé Jean-Yves Vif, délégué général du Parlement rural français et animateur de ce colloque particulièrement riche en enseignements.

Photo : auteur, aux côtés de Fanny Renard, Des femmes qui tiennent la campagne (éditions La Dispute), Sophie Orange a éclairé les participants par son analyse : « Les femmes tiennent la campagne autant qu’elles tiennent à la campagne ».

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